Le Jardin Retrouvé

Le Jardin Retrouvé est la toute première Maison de parfumerie de niche à avoir existé. Fondée en 1975 par Yuri Gutsatz, elle porte en elle – à travers ses fragrances – toute l’audace, la poésie, la délicatesse mais aussi l’authenticité et la liberté de pensée d’un véritable visionnaire. Bien plus, elle nous transporte dans le tourbillon de la vie du parfumeur, né à Saint-Pétersbourg en 1914, dont l’histoire romanesque va s’inscrire au cœur même de l’Histoire, dans un monde en plein bouleversement, et se construire autour d’une infinie passion.

Né à Saint-Pétersbourg (1914) dans une famille d’éditeurs, bourgeoise et intellectuelle, Yuri Gutsatz y apprend très jeune toute l’importance du savoir et des langues. À l’école, il est nourri des préceptes idéalistes des premières années de la révolution russe (1917). En 1924, il émigre à Berlin avec sa mère et ses grands-parents paternels. Son père David Gutsatz, lui, reste à Saint-Pétersbourg rebaptisée Petrograd puis Leningrad.

Neuf ans plus tard, en 1933, Yuri Gutsatz émigre à Paris; rapidement suivi par sa famille. Un ami russe lui offre alors un emploi chez les Parfums Mury où il va tout apprendre de la parfumerie. Après-guerre, une rencontre avec le parfumeur Jean Carles – le créateur de « Miss Dior » – va lui donner l’opportunité de se faire embaucher par Louis Amic, le patron de la société de composition de parfums Roure-Bertrand. Il y restera jusqu’en 1975, le temps d’une longue et enrichissante carrière dont un passage par l’Inde où il s’installe en 1957 (pour une durée de six années) avec femme et enfants afin de mettre sur pied une usine de parfums pour le compte de son employeur.

1975 … Yuri Gutsatz a 61 ans et l’envie de se libérer personnellement et artistiquement d’une industrie du parfum passée sous l’emprise du marketing en ouvrant une « troisième voie » à la parfumerie. Avec sa femme Arlette, il fonde Le Jardin Retrouvé, la toute première marque de parfumerie de niche en France. Notez que l’on ne dit pas encore parfumerie de niche à l’époque mais parfumerie parallèle. En lançant Le Jardin Retrouvé, Yuri Gutsatz s’affranchit donc des diktats du marketing pour créer – passionnément – des parfums d’une extraordinaire qualité, à des prix raisonnables, tandis que sa femme – ancienne élève des Beaux-Arts de Marseille – prend la direction artistique de la marque et la promeut un peu partout.

Mais ce n’est pas tout … Au sein de la Société Française des Parfumeurs (SFP) dont il fut longtemps vice-président, Yuri Gutsatz insuffle son esprit frondeur. Et à l’instar de son aîné Edmond Roudnitska, il milite pour la liberté du créateur de parfum et sa nécessaire indépendance pour mener à bien ses projets artistiques. Il est le premier à oser une rubrique « Critique de parfums » dans le bulletin de liaison des membres de la SFP mais aussi le premier à imaginer, dès 1977, une « Maison de la Parfumerie », abritant tous les parfums disparus. Yuri Gutsatz travaillera du reste avec Jean Kerléo et quelques autres parfumeurs à la création du fonds de l’Osmothèque, bibliothèque des parfums qui voit le jour en 1990. Il donnera également à cette institution les formules d’une vingtaine des Parfums de Rosine de Paul Poiret.

Entreprise artisanale et familiale, Le Jardin Retrouvé s’installera au sein de la maison Gutsatz. Les parfums y sont élaborés, pesés et mis à macérer. Deux ou trois collaborateurs y viennent pour aider Yuri et Arlette à mettre en bouteille, étiqueter et expédier dans le monde entier. Quant à leurs fils – Jean-Pierre, Denis et Michel -, ils mettent aussi la main à la pâte.

2005 : Yuri Gutsatz s’éteint à l’âge de 91 ans. Arlette le suit en 2012, puis, coup sur coup, leurs enfants Denis et Jean-Pierre. Michel Gutsatz reste le seul héritier d’une tradition commencée au début du 20ème siècle. Il décide alors de reprendre la marque et de la faire revivre avec sa femme, l’artiste Clara Feder. Ensemble, avec une équipe à la fois familiale, amicale et professionnelle, ils vont relancer la marque en novembre 2016, dans la droite ligne de la vision iconoclaste de Yuri Gutsatz, transposée au 21ème siècle et à ses technologies. Bien que la Maison de parfum n’ait jamais vraiment cessé d’exister, grâce à la fidélité constante de ses anciens clients, elle s’était mise à décliner doucement.

Pour réveiller la belle endormie et lui donner un second souffle, sept formules originales ont été choisies parmi la trentaine laissée par Yuri Gutsatz. Remises aux normes IFRA par le parfumeur Maxence Moutte, elles ont été rééditées sous cinq formes – le coffret Le Nécessaire, la Re:Source, les échantillons, le grand flacon 50ml et le petit flacon 15ml – à découvrir, à retrouver, en ligne sur le site internet de la marque ou au sein de sa boutique parisienne du 17ème arrondissement. Un lieu chaleureux et poétique où le passé et le présent se côtoient harmonieusement.

Crédit photo ©Clara Feder

http://www.lejardinretrouve.com

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