Charles Jourdan

Après s’être forgé une solide expérience dans la fabrication de chaussures, au sein des Établissements Grenier puis lors de son Tour de France en travaillant dans les principales fabriques de chaussures du pays, Charles Jourdan installe son propre atelier, dès 1917, à Bourg-de-Péage (Drôme) dont il est originaire. Le soir, après son travail en tant que contremaître de coupe aux Établissements Grenier, il fabrique des chaussures pour femme avec l’aide de son épouse et de deux collègues.

Face au rapide développement de cette affaire familiale, Charles Jourdan abandonne son poste de contremaître (1920) et déménage son atelier – qui compte alors 10 ouvriers – dans de nouveaux locaux à Bourg-de-Péage d’abord puis à Romans où il fait construire sa première usine ainsi que sa maison d’habitation. L’entreprise continuant de prospérer, l’usine sera d’ailleurs agrandie à la fin des années 20 puis encore à de nombreuses reprises.

Au fil des années, la marque se fait connaître. En 1957, elle ouvre sa première boutique à Paris, au 5, boulevard de la Madeleine. En parallèle, elle acquiert une véritable renommée sur le marché américain en proposant un choix limité de modèles mais décliné dans une multitude de couleurs. C’est également dans les années 50 que Charles Jourdan signe un contrat avec la Maison Dior l´autorisant à créer, à produire et à distribuer ses souliers. L’occasion, ainsi, d’entrer dans le monde de la haute-couture … et même de s’y imposer avec les plus grands couturiers, tels que Yves Saint-Laurent, Pierre Cardin, Karl Lagerfeld, Hubert de Givenchy, pour lesquels la Maison créera de nombreuses collections.

Fin des années 60, Charles Jourdan entre dans une nouvelle ère. Après que le groupe américain Genesco ait acquis une participation majoritaire (75%) dans le capital du chausseur de luxe, la Maison accélère son internationalisation : des boutiques ouvrent partout dans le monde, notamment aux États-Unis – où la marque réalise déjà 20% de ses ventes – avec l’inauguration à New York, le 1er juin 1970, de la première boutique américaine. Sous la direction de Roland Jourdan (l’un des trois fils du fondateur), Charles Jourdan connaît une croissance extraordinaire. En 1972, Charles Jourdan c’est environ 2 200 salariés, dont 1 190 à Romans, 5 600 paires de chaussures pour femme produites chaque jour, soit 1 400 000 paires par an. Définitivement, Charles Jourdan incarne le luxe, le chic et le savoir-faire français.

Définitivement … malheureusement, non. Alors que la société Charles Jourdan vient de traverser une grave crise financière (1980), elle est confrontée au départ – forcé – de Roland Jourdan en 1981. Dès lors, Charles Jourdan ne cessera de décliner et ce, jusqu’à sa mise en liquidation judiciaire, le 17 décembre 2007. Et pourtant, ce n’est pas la fin pour Charles Jourdan. En 2008, les actifs et la marque sont repris par le groupe Royer, le numéro un français du négoce de chaussures. Bien que réalisant l’essentiel de sa production en Asie, le groupe Royer ouvre – à partir de 2009 à Bourg-de-Péage – un atelier de création et de style dédié à Charles Jourdan (ainsi qu’à Stéphane Kélian, autre griffe de chaussures de luxe rachetée par le groupe Royer en 2007), espérant ainsi relancer cette marque mythique, la faire revenir sur le devant de la scène et renouer avec le succès. Un beau projet qui, en temps de crise, n’a pas réussi comme le souhaitait Jacques Royer, le PDG du groupe éponyme. En effet, développer et pérenniser cette activité en privilégiant le « made in France » nécessite des investissements importants, publicitaires notamment. Des investissements que le groupe Royer ne peut assumer seul. Quel partenaire donnera l’occasion à la marque Charles Jourdan de renaître une fois encore de ses cendres ?

http://www.charles-jourdan.com/

Un Commentaire

Ecrire un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *